L'air de rien, ceci : 
a éveillé ma curiosité et j'ai été lire un peu partout ce qu'on en disait, cela m'a fait réfléchir aussi, en particulier sur mon enfance, sur ce que je suis maintenant (suis-je un exemple ?), mais aussi sur la morale, le civisme, l'action quotidienne, la "bien-pensance", l'angélisme, les bons sentiments et les horribles moralisateurs aussi, entre autres. J'ai tenté d'y contribuer également, même si je ne suis pas satisfait de ce que j'ai dit, je ne suis pas convaincu que cela va être compris comme je l'aurais voulu... Si seulement il y en a un/une qui aura tout lu !
C'était un simple commentaire que vous pouvez retrouver ici si cela vous intéresse : http://toutsurles.skynetblogs.be/post/7366012/les-skynet-blogueurs-donnent-lexemple-ce-15-o#comments (N.B. je voulais parler du premier commentaire, pas des autres où j'ai réagi un peu sur le vif...)
Immédiatement tout cela m'a fait penser à ce texte que j'ai déjà posté ici, que j'aime tellement, qui est à la fois très simple et profond, qui exprime un peu ce que je voulais dire, sûrement mieux que moi. Je crois qu'il ne faut pas s'arrêter à l'exemple précis que ce texte donne, mais que c'est plus universel, cela peut s'appliquer à de nombreuses situations quotidiennes, tant aux adultes qu'aux enfants. Il me semble (mais je peux me tromper) que trop souvent, des gens, croyant donner des leçons, ou être un exemple, mettent en fait le doigt là où ça fait mal et jugent les misères de ceux qui n'ont pas eu la bonne chance d'avoir eu des parents qui les aiment ou leur montrent le bon exemple, ou la chance d'avoir une famille, des amis, un travail, un foyer etc... Il y a des gens tellement seuls qu'il n'y a qu'eux-même pour penser à eux, et puis il y en d'autres pour penser qu'ils sont égoïstes. Mais ça n'excuse pas tout me direz-vous.
Mais loin de moi l'idée de tomber dans le larmoyant, de se laisser envahir par les émotions... Nous aurions peut-être tous de bonnes excuses pour ne jamais rien faire, ne pas être responsable, et en disant cela je pense à moi également...
Quoiqu'il en soit, voici le texte en question, tiré de "Propos sur l'éducation" du philosophe Alain, rassurez-vous il n'est pas dans mes habitudes de faire du copié/collé, la plupart de ce que vous pouvez lire ici est bien de moi autrement c'est précisé ;-) La morale, c'est bon pour les riches. Je le dis sans rire. Une vie pauvre est serrée par les événements; je n'y vois ni arbitraire, ni choix, ni délibération. Certaines vertus sont imposées; d'autres sont impossibles. Aussi je hais ces bons conseils que le bienfaiteur donne au misérable. [...] Je connais une maîtresse d'école maternelle qui a sincère- ment essayé d'enseigner un peu de morale à ses petits ; mais les leçons lui rentraient dans la bouche. «Quel plaisir, mes petits amis, d'avoir une maison propre et claire ! » Mais elle rencontrait le regard d'un ou deux mioches qui n'avaient pour fenêtre qu'une tabatière et qu'une mansarde étroite pour trois lits. « On doit changer son linge de corps une fois par semaine. » Hélas ! Elle savait bien que si on lavait la chemise de ce tout- petit, elle s'en irait en charpie. Les dangers de l'alcoolisme, autre chanson; mais comme elle allait faire le portrait de l'ivrogne, elle s'apercevait qu'elle pensait au père de ces deux jumeaux, qui commençaient à rougir de honte. Il y a des discours qui vous restent dans les dents. Comment faire ? Ne point prêcher. Laver ceux qui sont sales, si on peut. Pratiquer soi-même la justice et la bonté. Ne pas faire rougir les enfants. Ne pas appuyer maladroitement sur leurs maux. Ne pas flatter, sans le vouloir, ceux qui ont la bonne chance d'être proprement vêtus et d'avoir des parents sobres. Non, réellement, il vaut mieux parler d'autre chose, de ce qui est à tout le monde, du soleil, de la lune, des étoiles, des saisons, des nombres, du fleuve, de la mon- tagne, de façon que celui qui n'a point de chaussettes se sente tout de même citoyen ; de façon que la maison d'école soit le temple de la justice, et le seul lieu où les pauvres ne soient pas méprisés. Gardons nos sermons pour les riches; et d'abord pour nous- mêmes. Alain, Propos, 1909 |